États-Unis : l’IA va-t-elle remplacer les traducteurs officiels ?

États-Unis : l’IA va-t-elle remplacer les traducteurs officiels ?

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Point info Swantrad

Le Congrès américain a-t-il vraiment interdit l’intelligence artificielle dans les traductions administratives, médicales et officielles ? La réalité est plus nuancée. Mais les débats actuellement menés aux États-Unis pourraient avoir des conséquences importantes pour l’avenir de la traduction professionnelle.

À retenir

Non, les États-Unis n’ont pas interdit l’IA dans les traductions officielles. En revanche, un projet de loi actuellement examiné au Congrès américain prévoit qu’une agence fédérale ne puisse pas remplacer entièrement ses services linguistiques qualifiés par de l’intelligence artificielle ou de la traduction automatique.

Le texte prévoit également une vérification par un traducteur ou un interprète humain qualifié lorsqu’une agence utilise ces technologies.

Le Congrès américain a-t-il interdit l’IA pour les traductions ?

C’est la question qui circule actuellement dans le monde de la traduction. Pourtant, la réponse est non.

À ce jour, le Congrès américain n’a pas adopté de loi interdisant de manière générale l’utilisation de l’intelligence artificielle pour traduire des documents officiels.

En revanche, un projet de loi particulièrement intéressant pour le secteur de la traduction a été présenté à la Chambre des représentants américaine en janvier 2026 : le Language Access for All Act of 2026, identifié sous le numéro H.R. 7223.

Le Language Access for All Act veut encadrer l’utilisation de l’IA

Présenté le 22 janvier 2026 par la représentante Grace Meng avec plusieurs cosponsors, le Language Access for All Act vise principalement à améliorer l’accès aux services fédéraux pour les personnes ayant une maîtrise limitée de l’anglais.

Le texte ne se contente pas de parler de traduction et d’interprétation. Il s’intéresse également à la manière dont les agences fédérales pourraient utiliser les technologies de traduction automatique et l’intelligence artificielle.

Le projet prévoit notamment qu’une agence fédérale ne puisse pas remplacer entièrement ses services linguistiques qualifiés par des services d’intelligence artificielle ou de traduction automatique.

Il prévoit également qu’une utilisation de ces technologies soit vérifiée par un traducteur ou un interprète humain qualifié.

L’objectif n’est donc pas de dire « l’IA est interdite », mais plutôt de poser une limite au remplacement complet du professionnel lorsque la qualité de la traduction est essentielle.

Attention : il s’agit encore d’un projet de loi

C’est probablement la précision la plus importante de cet article.

Le H.R. 7223 a été introduit à la Chambre des représentants le 22 janvier 2026 puis renvoyé à la commission compétente. Il ne s’agit donc pas d’une loi déjà adoptée par le Congrès.

Dire que « les États-Unis ont interdit l’IA dans les traductions officielles » serait donc inexact.

La formulation correcte serait plutôt :

Des parlementaires américains cherchent à empêcher que l’intelligence artificielle remplace entièrement les professionnels de la traduction dans certains services fédéraux sensibles.

Pourquoi la traduction humaine reste-t-elle essentielle ?

L’intelligence artificielle est aujourd’hui capable de traduire rapidement des volumes considérables de contenu. Elle peut produire des textes fluides, cohérents et souvent très performants.

Mais la qualité d’une traduction ne se résume pas à sa fluidité. Dans certains secteurs, une erreur peut avoir des conséquences concrètes sur les droits, la santé ou la sécurité d’une personne.

  • une instruction médicale mal comprise ;
  • une erreur dans une posologie ou une contre-indication ;
  • une mauvaise interprétation d’un document juridique ;
  • une information administrative incorrecte ;
  • une erreur portant sur les droits ou les prestations d’une personne.

Dans ces contextes, la question n’est donc plus seulement : « La traduction semble-t-elle correcte ? » Il faut également pouvoir garantir son exactitude, son contexte et son contrôle professionnel.

Traduction médicale : l’exemple le plus parlant

Le secteur médical illustre particulièrement bien cette problématique.

Aux États-Unis, le Department of Health and Human Services reconnaît le potentiel de l’intelligence artificielle pour améliorer l’efficacité des services linguistiques, tout en soulignant les risques liés à son utilisation.

Dans ses recommandations concernant la traduction automatique, le HHS indique notamment que les traductions de documents critiques doivent être revues par un traducteur humain qualifié lorsque l’exactitude est essentielle, lorsque le contenu est complexe ou technique, ou lorsque le document concerne directement les droits et prestations des personnes ayant une maîtrise limitée de l’anglais.

En cas d’urgence, l’utilisation temporaire d’une traduction automatique peut être nécessaire, mais le HHS prévoit que la traduction soit ensuite vérifiée par un professionnel qualifié dès que cela est raisonnablement possible.

Les États-Unis ont aussi changé leur politique linguistique

Cette actualité intervient dans un contexte politique particulier.

En mars 2025, le président Donald Trump a signé l’Executive Order 14224, qui désigne l’anglais comme langue officielle des États-Unis et révoque l’Executive Order 13166 de 2000 consacré à l’amélioration de l’accès aux services pour les personnes ayant une maîtrise limitée de l’anglais.

Mais une précision est essentielle : ce décret n’interdit pas aux agences de continuer à produire des documents ou des services dans d’autres langues.

Le texte précise au contraire que les responsables des agences ne sont pas obligés de supprimer les documents, produits ou services déjà proposés dans d’autres langues.

L’IA ne remplace pas forcément le traducteur : elle transforme son métier

Pour les professionnels de la traduction, le véritable enjeu n’est peut-être donc pas de choisir entre l’humain et la machine.

Il s’agit plutôt de déterminer quand l’IA peut être utilisée seule, quand elle doit être contrôlée et quand l’intervention d’un professionnel qualifié est indispensable.

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Contenus à faible risque

L’IA peut être utilisée comme outil de traduction ou de prétraduction, notamment pour les contenus internes, les brouillons et certains documents informatifs.

Contenus à risque intermédiaire

L’intelligence artificielle peut accélérer le travail, mais une révision humaine adaptée permet de vérifier la terminologie, le contexte et la cohérence du document.

Contenus à risque élevé

Pour les documents médicaux, juridiques, réglementaires ou administratifs sensibles, la validation par un professionnel qualifié devient particulièrement importante.

Vers une traduction augmentée par l’intelligence artificielle

L’évolution actuelle pourrait conduire à un nouveau modèle de traduction professionnelle : une traduction dans laquelle l’intelligence artificielle augmente les capacités du traducteur sans supprimer son rôle.

L’IA peut aider à produire une première version, traiter des volumes importants, identifier des répétitions, accélérer certaines recherches terminologiques et améliorer la productivité.

Le traducteur apporte quant à lui ce que la technologie ne garantit pas toujours : le jugement, le contexte, l’expertise métier, la vérification et la responsabilité professionnelle.

L’avenir de la traduction n’est peut-être pas
l’humain contre la machine,
mais l’humain avec la machine.

Alors, les États-Unis ont-ils interdit l’IA dans la traduction ?

Non.

Le Congrès américain n’a pas adopté de loi interdisant de manière générale l’intelligence artificielle dans les traductions officielles.

En revanche, le Language Access for All Act of 2026 montre qu’une partie des parlementaires américains souhaite empêcher que l’IA puisse remplacer entièrement les services linguistiques qualifiés dans les agences fédérales.

Dans le domaine de la santé, les recommandations du HHS vont déjà dans une direction comparable : pour les documents critiques, complexes ou ayant un impact sur les droits des personnes, la traduction automatique doit être soumise à une vérification humaine qualifiée.

Le véritable sujet n’est donc pas de savoir si l’IA va disparaître du secteur de la traduction. Elle est déjà là et continuera de transformer le métier.

Le véritable enjeu est de savoir comment utiliser l’intelligence artificielle sans sacrifier la qualité, la confidentialité, le contexte et la responsabilité qui sont indispensables aux traductions professionnelles.

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Sources officielles

Cet article s’appuie sur des sources officielles américaines afin de distinguer les textes actuellement en vigueur des projets de loi et recommandations en cours.

U.S. Government Publishing Office

Pourquoi ChatGPT ne peut pas traduire un document officiel : reportage et décryptage

Projet de loi introduit à la Chambre des représentants le 22 janvier 2026.

Federal Register

La transcréation, késako ?

Décret présidentiel du 1er mars 2025 désignant l’anglais comme langue officielle des États-Unis et révoquant l’Executive Order 13166.

U.S. Department of Health and Human Services

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Recommandations concernant la traduction automatique, l’intelligence artificielle et la vérification par un traducteur humain qualifié pour les documents critiques.

U.S. Department of Health and Human Services

Quand le e-commerce international stimule la demande en traduction juridique : une opportunité croissante pour les traducteurs

Document précisant notamment que les traductions automatiques de documents critiques doivent être vérifiées par un traducteur humain qualifié dans certaines circonstances.

À propos des sources : les liens ci-dessus renvoient vers des sites officiels du gouvernement américain. Les informations présentées dans cet article ont été vérifiées à partir des documents disponibles au moment de sa publication.

Pour aller plus loin

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