Les erreurs à éviter lors d’une interprétation devant la police — Enjeux et responsabilités du métier de traducteur-interprète

Les erreurs à éviter lors d’une interprétation devant la police — Enjeux et responsabilités du métier de traducteur-interprète

Dans les commissariats et les salles d’audition, le traducteur-interprète se trouve à la croisée des droits et des devoirs. Lire correctement les propos, les transmettre fidèlement et préserver le cadre procédural exigent une précision qui peut influencer le cours d’une affaire. Cet article, rédigé comme un reportage, revient sur les erreurs les plus fréquentes et propose des bonnes pratiques pour les éviter sur le terrain. Pour approfondir les obligations déontologiques, voir Interprètes et secret professionnel.

1. Sortir de son rôle d’interprète

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à sortir de son mandat. L’interprète n’est ni conseiller juridique, ni médiateur, ni enquêteur. Le danger est réel et peut être irréversible.

  • Donner son avis personnel sur les faits
  • Expliquer ou reformuler le droit à la place de l’officier de police
  • Conseiller la personne entendue sur ce qu’elle devrait dire ou taire

Le rôle de l’interprète se limite à transmettre fidèlement les propos d’une langue à l’autre, sans ajout, omission ou interprétation personnelle.

Dans les faits, les enquêteurs évaluent les propos à partir des mots tels qu’ils ont été prononcés, sans interprétation personnelle. Le moindre commentaire personnel peut être interprété comme une influence; la frontière entre assistance linguistique et décryptage des faits devient floue et dangereuse.

L’interprète peut aussi être confronté à des pressions liées à l’environnement sécuritaire et à des réactions émotionnelles, ce qui nécessite de maintenir sa neutralité et sa concentration.

2. Résumer au lieu de traduire intégralement

Par souci de rapidité ou de confort, certains interprètes tombent dans le piège du résumé. Or, devant la police, chaque mot compte.

Pourquoi c’est une erreur grave :

  • Des détails apparemment insignifiants peuvent être juridiquement déterminants.
  • Le résumé introduit un biais subjectif.
  • Il peut altérer le sens exact des déclarations.

👉 L’interprétation doit être complète et fidèle, même si le discours est long, répétitif ou confus.

Le risque est que des éléments essentiels soient perdus ou déformés, ce qui nuit à la traçabilité des propos.

Pour comprendre l'importance de la précision en traduction et interprétation, consulter l'article Les erreurs juridiques qui invalident une traduction officielle.

3. Modifier le registre ou le ton des propos

Changer le registre de langue (par exemple rendre un discours familier plus formel, ou inversement) est une erreur courante.

Exemples de risques :

  • Atténuer une menace ou une insulte.
  • Rendre une déclaration plus cohérente qu’elle ne l’est réellement.
  • Lisser des hésitations, silences ou contradictions.

👉 L’interprète doit reproduire le niveau de langue, le ton et les hésitations, car ils font partie intégrante du message et peuvent être analysés par les enquêteurs.

Cela peut aussi influencer la perception des enquêteurs sur la fiabilité du témoignage.

Pour comprendre l'importance du registre, voir Pourquoi choisir un interprète professionnel.

4. Omettre de signaler une incompréhension

Ne pas comprendre un terme, un accent ou une référence culturelle est humain. Faire semblant d’avoir compris, en revanche, est une faute professionnelle.

Bonne pratique :

  • Interrompre poliment l’échange.
  • Demander une répétition ou une clarification.
  • Signaler toute ambiguïté linguistique ou culturelle.

La neutralité et la précision ne sont pas négociables : elles protègent les droits de chacun et la fiabilité des procédures.

👉 Reconnaître une difficulté est un gage de professionnalisme, pas un aveu d’incompétence.

Il faut aussi formuler les demandes de clarification de manière claire et consignée, et noter les incertitudes dans le compte rendu.

Bonne pratique : signaler toute ambiguïté et consulter les bonnes pratiques; Pour mémoire, voir Les erreurs juridiques qui invalident une traduction officielle.

5. Manquer de neutralité et d’impartialité

L’interprète peut être influencé par :

  • La gravité des faits.
  • L’attitude de la personne entendue.
  • Ses propres valeurs morales ou culturelles.

Cela peut inconsciemment se traduire par :

  • Un ton plus dur ou plus compatissant.
  • Des choix lexicaux orientés.
  • Une implication émotionnelle excessive.

👉 L’interprète doit maintenir une neutralité absolue, quelle que soit la situation ou les personnes impliquées.

Cela suppose aussi une vigilance constante face à ses propres biais culturels ou professionnels.

Cela résonne avec les constats sur l'impartialité dans les contextes judiciaires. 

6. Négliger la confidentialité

Les interprètes sont tenus au secret professionnel.

Erreurs à éviter :

  • Parler de l’audition à des tiers.
  • Échanger des informations sur les réseaux sociaux.
  • Utiliser des exemples réels dans un cadre non anonymisé.

👉 Toute violation de la confidentialité peut engager la responsabilité pénale et disciplinaire de l’interprète.

La confidentialité implique également le respect des règles de conservation et de destruction des documents et une gestion prudente des supports numériques. 

7. Se préparer insuffisamment au contexte policier

Une mauvaise connaissance du cadre juridique et procédural peut nuire à la qualité de l’interprétation.

Il est essentiel de :

  • Connaître la terminologie policière et judiciaire.
  • Comprendre le déroulement d’une audition.
  • Maîtriser les formules légales récurrentes (droits, avertissements, procès-verbal).

👉 La compétence linguistique seule ne suffit pas : la spécialisation est indispensable.

La préparation passe par des exercices de terminologie, des simulations d’auditions et une veille continue des évolutions juridiques et procédurales.

Pour des exemples concrets, voir Interprétariat en entreprise : un reportage vivant sur les réunions, les séminaires et la due diligence (Interprétariat en entreprise).

Conclusion

L’interprétation devant la police exige rigueur, éthique et professionnalisme. Éviter ces erreurs, c’est non seulement protéger la personne entendue, mais aussi préserver la crédibilité du métier de traducteur-interprète. Dans un contexte où chaque mot peut avoir un poids juridique, l’interprète est un acteur clé de l’équité procédurale, tenu à une excellence constante. Des formations continues et des retours d’expérience permettent d’ancrer ces pratiques et d’améliorer la qualité des interprétations au quotidien.

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