Traduction arabe-français en Égypte : langues, culture et documents officiels

Traduction arabe-français en Égypte : langues, culture et documents officiels

Égypte · Arabe · Français

Traduire entre l’Égypte et la France : un métier au carrefour des langues et des cultures

Lorsqu’on pense à l’Égypte, on imagine immédiatement les pyramides, le Nil, Le Caire ou encore Alexandrie. On pense peut-être moins spontanément à la traduction. Pourtant, l’Égypte est depuis très longtemps un territoire de circulation des langues, des textes et des cultures.

Pour une traductrice égyptienne travaillant entre l’arabe et le français, cette histoire prend une résonance particulière. Traduire ne consiste pas seulement à passer d’une langue à une autre : c’est aussi relier deux univers culturels, deux manières de penser, deux histoires.

Et aujourd’hui encore, en Égypte, les traducteurs et les interprètes occupent une place bien réelle.

L’Égypte, un pays façonné par les langues

L’histoire égyptienne est intimement liée aux échanges linguistiques. Au fil des siècles, l’Égypte a été au contact de nombreuses langues et civilisations : égyptien ancien, grec, copte, arabe, turc, italien, anglais ou encore français.

Égyptien ancien Grec Copte Arabe Turc Italien Anglais Français

Le français possède d’ailleurs une place particulière dans l’histoire culturelle et intellectuelle égyptienne. Dès le XIXe siècle, les échanges entre l’Égypte et la France se développent considérablement dans les domaines de l’éducation, du droit, de la littérature, des sciences et des arts.

La traduction devient alors l’un des instruments de cette ouverture.

Aujourd’hui encore, les échanges éditoriaux entre la France et le monde arabe se poursuivent. Des programmes comme Livres des deux rives, développé par l’Institut français et désormais présent notamment en Égypte, cherchent précisément à favoriser la circulation des œuvres et les traductions entre les deux rives de la Méditerranée.

La traduction littéraire : faire entendre une voix dans une autre langue

La traduction littéraire occupe une place particulière dans ce dialogue.

Traduire un roman, une nouvelle ou un texte poétique de l’arabe vers le français ne signifie pas remplacer mécaniquement un mot arabe par son équivalent français.

Il faut transmettre une voix.

Dans un texte égyptien, par exemple, une phrase peut être chargée de références à la société, à la religion, à la famille, à l’histoire du pays ou simplement à la vie quotidienne au Caire ou à Alexandrie. Certaines expressions possèdent une musicalité ou un humour qui n'ont pas d'équivalent immédiat en français.

Le travail du traducteur consiste alors à trouver un équilibre : rester fidèle au texte tout en permettant au lecteur francophone d’en saisir le ton, la sensibilité et les sous-entendus.

Cette question est d’autant plus intéressante en Égypte que la langue elle-même possède plusieurs registres. L’arabe littéraire cohabite avec l’arabe égyptien parlé quotidiennement, et un écrivain peut jouer volontairement avec ces deux niveaux de langue.

Pour un traducteur littéraire, cette richesse est aussi l’une des difficultés les plus passionnantes du métier.

Existe-t-il toujours des traducteurs et des interprètes en Égypte ?

Bien sûr.

La profession ne se limite absolument pas à la traduction des livres.

Aujourd’hui, les professionnels de la traduction en Égypte travaillent dans des domaines extrêmement variés : entreprises internationales, tourisme, droit, médecine, institutions publiques, universités, médias, organisations internationales ou encore conférences.

Le Caire accueille notamment de nombreux congrès, sommets et rencontres internationales. L’interprétaria simultanée et consécutive y reste donc indispensable. L’arabe et l’anglais sont naturellement très présents, mais le français conserve également une importance particulière dans certaines rencontres diplomatiques, africaines, francophones ou institutionnelles.

L’interprète exerce cependant un métier très différent de celui du traducteur.

Le traducteur

Le traducteur travaille principalement sur des documents écrits et peut effectuer des recherches, vérifier une terminologie et retravailler ses formulations.

L’interprète

L’interprète travaille dans l’instant.

Pendant une conférence, une réunion professionnelle, une négociation ou une rencontre institutionnelle, il doit comprendre immédiatement le message et le restituer avec précision dans l’autre langue.

Deux professions proches, donc, mais qui demandent des compétences très différentes.

Et la traduction « assermentée » en Égypte ?

C’est ici que les différences entre les systèmes français et égyptien deviennent intéressantes.

En France

En France, on parle couramment de traducteur assermenté ou de traducteur expert près d’une cour d’appel. Une traduction réalisée et certifiée par cet expert peut notamment être demandée pour certaines démarches administratives ou judiciaires.

En Égypte

En Égypte, le fonctionnement administratif n’est pas exactement identique. Pour de nombreux documents destinés à être utilisés officiellement, l’enjeu principal est celui de la certification et de la légalisation du document et de sa traduction.

Le ministère français des Affaires étrangères rappelle d’ailleurs les conditions précises applicables lorsqu’une traduction doit accompagner un document destiné à une procédure officielle.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères indique notamment que, lorsqu’une traduction doit être légalisée, l’original doit généralement être authentifié avant sa traduction. La traduction doit ensuite être validée selon les procédures de l’autorité concernée.

Lorsque l’organisme ayant authentifié le document ne dispose pas d’un traducteur agréé, les autorités égyptiennes peuvent notamment accepter des traductions certifiées provenant de certaines institutions reconnues, parmi lesquelles le ministère de la Justice, l’Institut des langues des forces armées, certains services de l’état civil ou les universités publiques.

Autrement dit, derrière le terme général de « traduction assermentée », les procédures peuvent être très différentes selon le pays dans lequel le document sera présenté.

C’est pourquoi il est toujours essentiel de vérifier les exigences de l’administration destinataire avant de faire traduire un acte de naissance, un diplôme, un jugement, un certificat de mariage ou tout autre document officiel.

Traduire un document administratif n’est pas traduire un roman

C’est aussi ce qui rend le métier de traducteur particulièrement riche.

Un acte juridique exige une précision terminologique absolue.
Un document administratif nécessite de respecter les formulations, les noms propres, les dates, les cachets et la structure de l’original.
Un texte littéraire demande au contraire une grande sensibilité stylistique.
Lors d’un interprétaria il faut être capable de transmettre une pensée presque instantanément.

Dans tous ces cas, pourtant, une même responsabilité demeure : faire passer un sens d’une langue à une autre sans le déformer.

Entre l’arabe et le français, traduire aussi une culture

La traduction arabe-français possède une dimension supplémentaire.

Deux personnes peuvent parfaitement comprendre les mots d’une phrase sans forcément comprendre ce qu’elle signifie culturellement.

Une formule de politesse, une référence familiale, une expression religieuse ou une plaisanterie égyptienne peuvent avoir besoin d’être adaptées ou contextualisées pour un lecteur francophone.

C’est ici que la connaissance intime des deux cultures devient précieuse.

Une traductrice égyptienne francophone ne travaille pas uniquement avec deux dictionnaires ouverts sur son bureau. Elle mobilise également une connaissance des habitudes, des références et des sensibilités propres à chaque société.

Cette dimension est particulièrement importante en traduction littéraire, où quelques mots peuvent porter une histoire sociale ou culturelle beaucoup plus vaste.

Le traducteur, passeur entre deux rives

À l’heure des logiciels de traduction automatique et de l’intelligence artificielle, on pourrait être tenté de se demander si le métier de traducteur est appelé à disparaître.

L’évolution actuelle montre plutôt une transformation du métier.

Les outils peuvent accélérer certaines tâches. Ils peuvent proposer des équivalences ou aider à traiter de grands volumes de texte.

Mais comprendre pourquoi un personnage égyptien utilise une expression plutôt qu’une autre, restituer l’ironie d’un dialogue, interpréter une nuance juridique ou choisir le niveau de langue approprié reste profondément lié au contexte.

Entre l’Égypte et la France, le traducteur reste donc un passeur.

Un passeur entre l’arabe et le français.

Entre un document et son administration destinataire.

Entre un auteur et son futur lecteur.

Et parfois, plus simplement, entre deux personnes qui souhaitent se comprendre.

Traduire, ce n’est pas seulement transporter des mots. C’est permettre à une voix de franchir une frontière sans perdre ce qui la rend unique.

Pour aller plus loin

Sources et références

Institut français — Livres des deux rives

Programme consacré au dialogue culturel et éditorial entre les deux rives de la Méditerranée. Son axe traduction comprend notamment des actions de formation à la traduction littéraire et s’est étendu au Liban et à l’Égypte.

Consulter le programme de l’Institut français
France Diplomatie — Traduction assermentée d’un document

Informations officielles françaises sur les traductions destinées à accompagner certains documents officiels et sur les conditions applicables aux traductions réalisées par des experts judiciaires ou des traducteurs habilités.

Consulter France Diplomatie
State Information Service — Services consulaires égyptiens

Le portail officiel égyptien présente les procédures de légalisation documentaire et précise notamment que, lorsqu’une traduction fait l’objet d’une légalisation, le document original et sa traduction doivent être légalisés.

Consulter les informations officielles égyptiennes
FranceArchives — Relations culturelles franco-égyptiennes

Ressources du portail national des Archives relatives aux échanges entre la France et l’Égypte, qui témoignent de l’ancienneté des relations culturelles entre les deux pays.

Consulter FranceArchives

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